Il y a en "franco-belgie" une réussite particulière en bédé d'humour, qui s'est aussi bien incarnée en jeunesse (Achille Talon, Gaston Lagaffe, La Rubrique à Braque...) qu'en bédé adulte (Reiser, Rhaa Lovely, Edika, Goossens, Pierre La Police...). Je dis réussite particulière parce que ces œuvres déploient un humour singulier mais évident qui fonctionne à chaque fois sur ses ressorts propres (ceux de la bd) et qu'on ne trouve pas ailleurs : une authentique réussite culturelle, le genre de chose à protéger à l'UNESCO.

Malheureusement, cette qualité lumineuse s'est perdue et on notera que je n'ai cité que de l'ancien. Non que certain(e)s n'arrivent encore à me faire rire à l'occasion (Boulet, Motin, Bagieu...) mais ce sont plus pour moi des personnalités sympathiques interprétant avec talent des classiques humoristiques que d'authentiques auteurs d'humour acceptant la divine mission de faire du neuf et de nous faire rire avec. La balle de ce coté là a été attrapée surtout aux USA avec les Simpson ou South Park.

Mais il y a un reste : Monsieur Le Chien, donc. On voit que Monsieur Le Chien est bon à la très grande pérennité de son blog, de lecteurs transis en dédicace, et ce alors qu'il n'est ni supporté par un grand éditeur, ni en vue des médias. Simplement, cet homme simple accomplit benoitement sa tache : il est drôle, une année après l'autre. Il est toujours follement drôle.
  Et Didier Barcco est à mon sens sa meilleure bédé, avant probablement la suivante. L'histoire : Didier Barcco, le héros du petit commerce français, vient au secours d'un marchand de meuble de Chateauroux  face à la concurrence chinoise. S'ensuit une lutte à mort avec des chinois façon "les barbouzes" au bout de laquelle notre héros, à qui le récit donne toujours raison, déploira sa force physique, ses talents de leader, son extrème virilité et un certain talent pour la fourberie et la violence gratuite. Et pourquoi c'est bon, Didier Barcco ? Pas pour l'histoire, prétexte à gag après gag. Mais pour les gags, en fait, qui l'eut cru ? On avait presque oublié, coincé entre le dernier Fluide Glacial et les malins futés qui squattent Canal Plus, que ça existait, ça, des bons gags, et nombreux avec ça. (par de "qualité", comprendre qu'ils vous feront rire, à la différence de tout ces critiques compassés qui habillent parfois la vacuité de leur chronique d'un "un film qui n'a pas d'autre ambition que de faire rire", comme si ce n'était pas une ambition formidable.)(et ici je reprends Desproges, je le précise à l'intention des incultes et de rappeurs) 

Maintenant évidemment, je ne peux pas garantir que ça vous fasse rire vous. C'est odieux, c'est cynique, c'est vulgaire, c'est parfois bavard et parfois trop rapide, ça commence gentil et décolle vraiment au milieu, c'est sexiste, raciste, militariste et au passage l'image des français n'en sort pas non plus grandie. En fait on dirait bien que ce Le Chien n'aime personne. Et c'est tant mieux, parce que ce qu'il n'aime pas, il s'en moque avec talent (il faut beaucoup d'autobiographie sur son blog, d'ailleurs). Il joue sur une très grande variété de registres humoristiques avec facilité et naturel. Il fait des gags qui vous feront rire à la deuxième lecture, d'autres à la troisième, d'autres à la dixième. Il y a à bouffer et une fois repu, à s'émerveiller sur l'habileté du chef.

 Alors voilà, l'album est sorti je crois en octobre, on le trouve encore en rayon mais après ce sera en ligne. Je vous conseille vivement de le dégoter maintenant, parce que plus tard ça sera surement plus compliqué. Et si vous voulez vous faire une idée (que ne l'ai-je dit plus tôt, hein ?), il a prépublié beaucoup de pages sur son blog.

Mais ne soyez pas idiot : si ça vous fait rire au bout de quatre pages, arrêtez là et dégotez vous l'album .

PS : je précise que si Monsieur Le Chien est par ailleurs mon ami et que Didier Barcco "Plaisir d'Offrir, Fierté de Vendre" est sorti chez mon éditeur, les deux faits résultent bien de ce que j'ai cherché à le rencontrer par admiration et non l'inverse. Je n'ai donc aucun problème éthique à faire cette critique élogieuse. 

Et puis de toutes façons, moi, les problèmes éthiques, je m'en beurre le cul avec un couteau à huitre. Achetez, ou n'achetez pas Didier Barcco, mais si vous ne l'achetez pas vous faites saigner la France, sachez-le.

PPS : Cette critique est aussi postée sur mon compte senscritique.